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Jusqu’au début du XIXe siècle, la trompette (diminutif de trompe – tromba en italien, strombos en grec –, espèce de coquille de mer en spirale) est, avec le trombone, l’instrument type du groupe des cuivres. « Nul instrument n’a été plus utile à l’homme, aussi bien dans la vie civile, religieuse et agricole qu’à la guerre » (M. Franquin). Chez les Hébreux, deux trompettes d’argent battu au marteau devaient convoquer les chefs des douze tribus d’Israël ; les prêtres embouchent les trompettes sacrées pour le combat, les sacrifices, les fêtes solennelles, les festins. À Rome, le lituus , longue trompette de bronze à pavillon courbe, accompagne la cavalerie ; la tuba , trompette droite, sonne la charge, la retraite et le changement de garde, tandis que la bucina , trompette courbe, indique les veilles, excite au combat.

« Le timbre de la trompette est noble et éclatant ; il convient aux idées guerrières, aux cris de fureur et de vengeance, comme aux chants de triomphe. Il se prête à l’expression de tous les sentiments énergiques, fiers et grandioses, à la plupart des accents tragiques. Il peut même figurer dans un morceau joyeux, pourvu que la joie y prenne un caractère d’emportement ou de grandeur pompeuse. » Ce jugement de Berlioz mérite d’être complété ; des compositeurs comme Haydn (1796) ou Johann Nepomuk Hummel (1803) dans le mouvement lent de leur concerto pour trompette (à clés) la font chanter en effet avec une tendresse empreinte d’une joliesse grave qui n’a rien de guerrier. Le caractère martial des pages de musique de chambre est tout aussi absent dans la Fantaisie en mi bémol pour trompette (cornet à pistons ou saxhorn) et piano de Saint-Saëns, la Légende pour trompette et piano de Enesco, la sonate pour trompette et piano de Hindemith ou le Concertino pour trompette et piano de Jolivet.

Une des premières œuvres connues où une trompette (basse) semble exigée est celle du Rouennais Pierre Fontaine (env. 1380-1447), chantre à la chapelle pontificale de Martin V. Au début du XVIIe siècle, Girolamo Fantini, « trombettiere maggiore » du grand-duc de Toscane, écrivit de courtes pages pour une ou deux trompettes, ainsi qu’une Sonate con la trombe e organo insieme. Au XXe siècle, on a repris cette association orgue-instrument(s) à vent, dont les timbres se confortent judicieusement. Dans les églises, leurs voix sonnent avec plus d’ampleur que celles des cordes. Aussi, en musique sacrée, la trompette est-elle fréquemment demandée : Schütz, Symphoniae sacrae (1629) ; Bach, cantates, Magnificat, Messe en si , Oratorio de Noël ; Johann Pezel (1639-1694),etc.

À son apogée baroque, apparaissent des œuvres de Samuel Scheidt, de Bach, Telemann, Jan Dismas Zelenka. L’Italie tient toujours une place importance dans cette production avec Francesco Manfredini, Vivaldi, Guiseppe Torelli, Guiseppe Mattéo Alberti, Guiseppe Jacchini.

En France, Gossec utilisa, le premier, une trompette dans une symphonie (1770). À l’Opéra, à cette date, l’emploi en était déjà ancien (ainsi, dans Alceste de Lully, 1674, dans Tancrède de Campra, 1702). Même si l’on n’ignore point les Ouvertures de William Boyce, le Magnificat en ré de Carl Philipp Emanuel Bach, le Te Deum « avec timbales et trompettes » de Antoine Fanton (env. 1700-1756), après la mort de Bach et de Haendel – c’est-à-dire dès que l’usage du tempérament égal se répandit et que les modulations d’harmonie se multiplièrent –, la trompette traversa une longue période de désaffection. Mozart réorchestre alors plusieurs pages de Haendel, confiant la partie (devenue injouable ?) de trompette à d’autres instruments. La trompette est reléguée à une fonction subalterne, non mélodique, d’instrument rythmique proche de la percussion qu’elle double régulièrement et elle se borne pratiquement à sonner la dominante et la tonique. Les passages de soliste, chez Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert, où elle joue à découvert au-dessus de l’orchestre, sont rarissimes (mis à part les timides essais de concertos pour les trompettes à clés qui furent vite abandonnées). C’est seulement avec Mendelssohn qu’une renaissance s’amorce, bien qu’on soit encore fort éloigné des mélodies somptueuses des baroques. Dès ses œuvres de jeunesse (Die beiden Pädagogen , 1821 ; les deux concertos pour deux pianos, 1823 et 1824), l’utilisation de la trompette à découvert sur les cordes est fréquente et l’instrument affirme sa personnalité dans l’orchestre : ainsi, elle introduit le forte du tutti ou reprend un motif rythmique avant les cors.

Les pistons, inventés par le Silésien Blühmel et le Saxon Stoeltzel en 1813-1814, furent adaptés à l’instrument, mais la trompette qui en fut pourvue demeura inusitée à l’orchestre jusque vers la fin du XIXe siècle, au bénéfice du cornet à pistons. Bruckner (Te Deum, Psaume CL ), Mahler (symphonies), Wagner (fanfare pour douze trompettes de la marche de Tannhäuser ) l’imposèrent à l’attention des compositeurs. Il faut mettre à part les fameuses trompettes droites d’Aïda (Verdi, 1871).

En musique de chambre, le rôle de la trompette est plutôt faible, mais il convient de citer le Septuor de Saint-Saëns, les Quattro pezzi de Scelsi et Eonta ou Épéi de Xenakis. La virtuosité des modernes est devenue surprenante (M. André, A. Calvayrac, R. Delmotte, T. Dokchitser, E. Tarr, F Immer) et les compositions se multiplient ; Jolivet écrit beaucoup pour elle : Heptade (avec percussion), deux concertos, un arioso baroco (avec orgue), œuvres de rutilance et de grande habileté instrumentale. Varèse, qui affectionne lui aussi les instruments à vent (onze dans Intégrales , 1926), demande dans Ecuatorial (1934) trois trompettes à côté de quatre trombones, un orgue, deux ondes Martenot et la percussion ; dans Déserts (1954), flûtes, clarinettes, cors et tubas par deux, trompettes et trombones par trois, piano, cinq groupes de percussion éliminent les cordes et sonnent dans des champs inouïs.

N'étant pas un génial puits de sciences (hé non !), cet article est tiré de l'Encyclopédie Universalis.